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L'Alliance TRANSIT dévoile aujourd'hui un rapport accablant sur l’état des infrastructures du réseau routier supérieur et du transport collectif ainsi que de leur financement. S'appuyant sur une compilation inédite des données budgétaires du gouvernement, il devient évident que la gestion et le financement des infrastructures de transport sont déficients et doivent être rectifiés au plus tôt.
Faits saillants
Les dépenses du Fonds des réseaux de transport terrestre (FORT), responsable du réseau routier supérieur et du transport collectif, augmentent cinq fois plus rapidement que les revenus.
Depuis 2018, le réseau routier supérieur se dégrade deux fois plus rapidement que les travaux sont effectués.
L’enveloppe pour le maintien du transport collectif stagne depuis 2013 et ne couvre que le cinquième des besoins de la STM.
Seul le tiers des travaux de maintien du réseau routier supérieur en mauvais état est financé dans les dix prochaines années, laissant 16 milliards de travaux pour plus tard.
« On ne peut pas continuer de répéter les mêmes choix budgétaires année après année en s'attendant à un résultat différent. Le déficit du FORT s'aggrave, les réparations ne suivent pas la dégradation, et les Québécois en vivent déjà les conséquences : nids-de-poule, stations de métro dégradées, pannes et services réduits. Que l'on soit usager du transport collectif ou automobiliste, c'est tout le monde qui paie le prix d'un sous-financement structurel », affirme Samuel Pagé-Plouffe, porte-parole de l'Alliance TRANSIT et directeur des affaires publiques chez Vivre en Ville.
Des infrastructures qui vont continuer de se détériorer
La majorité des besoins du réseau routier supérieur et du transport collectif n’ont pas de financement prévu, ce qui ne laisse présager aucune amélioration. Une détérioration est donc minimalement attendue pour la décennie à venir.
« On sous-estime systématiquement la dégradation des infrastructures tout en reportant la mise à niveau du métro, des routes, des ponts et des viaducs en mauvais état. Le bien-être et la sécurité de la population dépendent d’une mobilité performante, peu importe le mode de transport. Avec les grands chantiers à l’horizon comme la réfection de l’autoroute métropolitaine, il faut intervenir stratégiquement et rigoureusement pour renverser des décennies de sous-investissement et offrir des alternatives », déclare Francis Garnier, analyste et coordonnateur de l’Alliance TRANSIT.
Un financement déficient

Malgré l’insuffisance du financement actuel face aux besoins des infrastructures, le fonds responsable du réseau routier supérieur et du transport collectif est déjà lourdement déficitaire, malgré le principe d’utilisateur-payeur prévu par la Loi sur l’administration financière1. Depuis 2015, les dépenses augmentent cinq fois plus vite que les revenus.
« À 3,7 milliards, le manque à gagner du FORT, censé être autofinancé, est équivalent au tiers du déficit global du Québec. Mettre en place un mécanisme de tarification routière, comme des péages, nous permettrait de nous donner les moyens d’entretenir les routes. La population québécoise y est de plus en plus ouverte », Jean-Philippe Meloche, professeur titulaire, École d'urbanisme et d'architecture de paysage, Université de Montréal.
« Les revenus actuels du FORT sont insuffisants pour arrêter la dégradation observée des actifs du réseau routier et du transport collectif. De nouvelles sources de revenus entièrement dédiées au maintien des actifs de transport sont nécessaires », déclare Louis Lévesque, président du Comité des politiques publiques de l'Association des économistes québécois, fellow invité du CIRANO et ancien sous-ministre à Transports Canada.
Un statu quo intenable
« En vertu de la Loi sur l’administration financière, le financement des réseaux de transport devrait s’appuyer sur le principe d’utilisateur-payeur, sans devoir partager les mêmes revenus que la santé et l’éducation. Ce n’est plus le cas et tout le monde perd dans le compromis actuel. Il faut prioriser la mise à niveau des infrastructures existantes et diversifier les sources de revenus, le statu quo est intenable », déclare Florence Junca-Adenot, professeure associée, Département d'études urbaines et touristiques, UQAM.
« Mieux planifier, c’est payant. En pleine révision des schémas d’aménagement, développer la mobilité durable et en particulier le transport collectif doit être priorisé. Le virage doit s’effectuer de façon prévisible, efficace, réfléchie et en cohérence avec nos objectifs, et en misant sur l’existant », ajoute Nathalie Prud’homme, urbaniste émérite, présidente de l’Ordre des urbanistes du Québec.
Pour consulter le rapport, cliquez ici
À propos de TRANSIT
La mission de TRANSIT est de favoriser le développement et l’amélioration des services de transports collectifs au Québec, en s’assurant qu’ils reçoivent le financement nécessaire pour permettre au plus grand nombre possible de citoyens et de citoyennes d’en bénéficier. Depuis sa création en août 2011, TRANSIT publie des rapports d’analyse et fait état de plusieurs recommandations pour pallier la crise des transports et aider le gouvernement et les organisations de transports collectifs à atteindre leurs objectifs d’achalandage d’ici à 2030. L’Alliance TRANSIT regroupe une cinquantaine d’organisations de divers domaines.
Renseignements médias et entrevues
Emmy Vande rosieren
COPTICOM, Stratégies et relations publiques
514 603 3209
emmyvdr@copticom.ca
1. Le rapport annuel du MTMD (2024-25, p.85) indique que « En vertu de la Loi sur l’administration financière, le Fonds des réseaux de transport terrestre doit s’autofinancer selon ses modalités de gestion. »
Annexes
Fiche technique
Rapport sur le financement et l’état du réseau routier supérieur et du transport collectif
Réseau routier supérieur
24,5 G$ de déficit de maintien des actifs (DMA) :
- 8,4 G$ prévus pour la résorption du DMA de 2026 à 2036, laissant 16,1 milliards pour plus tard
- 9,9 G$ plus élevé que 2018, une hausse de 67 % en huit ans
→ 9,5 G$ de dégradation naturelle
→ 9,7 G$ de nouveau constats
→ 9,4 G$ de résorption (par les travaux)
44 % des actifs du réseau routier supérieur sont en mauvais état
- Stable, était de 44 % en 2022. Le DMA augmente en raison de la valeur des travaux à réaliser et de la valeur de remplacement, en forte hausse.
Sources: PQI 2018-28 à 2026-36
Transport collectif
L'enveloppe dédiée au maintien des actifs en transport collectif a baissé de 7 % depuis 2013, alors que l'inflation de la construction commerciale a augmenté de 77 %.
- Ajusté pour l'inflation, l'enveloppe a fondu de moitié.
41 % des actifs de transport collectifs sont en mauvais ou très mauvais état
- Était 20% en 2022, a augmenté rapidement en raison de nouveaux constats
- Le portrait demeure incomplet en transport collectif en absence de données obligatoires, comparables et publiques.
- 35 stations de métro sur 68 en mauvais ou très mauvais état.
Sources: PQI 2013-23 à 2026-36, Plan des immobilisations de la STM 2026-35
Fonds des réseaux de transport terrestre (FORT)
Fonds responsable de l’entretien*, de l’opération et du développement du réseau routier supérieur (routes numérotées) et du transport collectif
- Les routes municipales, le déneigement, l’indemnisation, la sécurité routière ne font pas partie du FORT.
- La composition précise des dépenses du FORT n’est plus communiquée depuis 2021, mais sert habituellement davantage au réseau routier.
Sources de revenus
- La taxe sur les carburants, 19,2 cents par litre d’essence.
- Droits et permis d’immatriculation, incluant la contribution de 30$ pour le transport en commun, réservée au transport collectif.
- Subventions du Fonds d’électrification et de lutte aux changements climatiques (marché carbone), pour le transport collectif seulement.
- Transferts fédéraux, pour le transport collectif seulement.
- Transferts du MTMD / portefeuille ministériel, considéré comme un déficit car provenant de l’enveloppe centrale, sans source de financement spécifique.
Les revenus autonomes, excluant les transferts du MTMD, sont passés de 3587 M$ (2015-16) à 4623 M$ (2025-26), une hausse de 29 %.
Les dépenses du FORT sont passés de 3421 M$ à 8342 M$ en 2025-26, une hausse de 144 %.
Le transfert provenant du ministère responsable était de 3661 M$ en 2025-26. Voir la capture d’écran à la page suivante. Ce transfert n’existait pas avant l’exercice 2019-20.
Le budget 2026-27 est exclu de l’analyse en raison de sa nature projetée, généralement nettement sous-estimée.
Le budget 2026-26 est gonflé par un versement anticipé de 1,8 G$, mais l’augmentation cinq fois plus rapide des dépenses était déjà observable pour l’exercice 2024-25.
Sources: Crédits des dépenses par ministère 2017-18 à 2026-27
L’ensemble des données et graphiques sont disponibles sur la page web du rapport, sur le site transitquebec.org
