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Étudier le ventre vide est une réalité pour trop d'étudiant(e)s au Québec. Entre la hausse du coût de la vie, l’augmentation constante des frais de scolarité et le manque de ressources, la crise silencieuse de l’insécurité alimentaire prend de l’ampleur. Pris en étau entre leurs factures d'études et leurs besoins de base, plusieurs se voient forcés de sacrifier la qualité de leur alimentation.
Équiterre a consulté 667 personnes issues du milieu postsecondaire (établissements collégiaux et universitaires) pour mieux comprendre les étudiant(e)s, les aider à briser ce silence et identifier des solutions concrètes et accessibles pour manger sainement, sans se ruiner.
Pourquoi ce rapport?
Pour comprendre la réalité étudiante en matière d’alimentation et des défis rencontrés par cette communauté pour bien se nourrir;
Pour identifier les barrières à l'aide alimentaire (manque d’information, de temps, de ressources ou crainte du regard d’autrui);
Pour amplifier la voix des jeunes en faveur d’une alimentation saine et abordable sur les campus des milieux collégial et universitaire au Québec;
Pour ensuite soutenir des solutions porteuses de sens mises en place par les associations étudiantes.
Portrait
La sécurité alimentaire est un levier important pour réduire les coûts en santé, ainsi qu’un facteur clé d’inclusion sociale et de développement économique. Pourtant, alors que l’inflation sur les denrées alimentaires continue de croître, les étudiant(e)s au postsecondaire au Québec sont de plus en plus nombreux à vivre de l’insécurité alimentaire. En septembre 2024, une enquête auprès des étudiant(e)s inscrits dans six collèges de tailles et de régions différentes montrait que 44 % des étudiant(e)s vivent une forme d’insécurité alimentaire, qu’elle soit grave, modérée ou légère.
L’insécurité alimentaire a des répercussions majeures sur la réussite scolaire, c’est pourquoi la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et l’Union étudiante du Québec (UEQ) sonnent l’alarme depuis fin 2024 sur ce problème préoccupant et grandissant.
C’est pour cette raison que Équiterre, en collaboration avec la FECQ et l’UEQ, a mené à l’automne 2025 une consultation québécoise sur l’alimentation étudiante au postsecondaire. Cette consultation marque le démarrage du projet Mobilisation étudiante pour bien manger, bon marché, qui vise à renforcer la capacité des jeunes au postsecondaire à se nourrir de façon nutritive, abordable et écoresponsable, pour éviter que davantage d'entre eux se retrouvent dans une situation nécessitant le soutien des banques alimentaires.
Méthodologie
La consultation publique a été menée au cours du mois de novembre 2025 à l’échelle du Québec. Un sondage en ligne a permis de recueillir les réponses de personnes étudiantes inscrites dans des établissements d’enseignement postsecondaire québécois.
Trois principaux sujets ont été abordés :
Les habitudes alimentaires et les stratégies connues et utilisées pour se nourrir avec un budget limité;
Les solutions structurantes qui pourraient être mises en place ou améliorées pour soutenir les étudiant(e)s afin de se nourrir de manière nutritive, abordable, écoresponsable et de façon adaptée culturellement;
Les thématiques désirées pour alimenter la campagne de communication “Bien manger, bon marché” et son compte Instagram.
Résultats
La consultation menée en automne 2025 par Équiterre, en collaboration avec l’UEQ et la FECQ, a été complétée par 667 personnes étudiantes des milieux collégial et universitaire.
En voici les résultats principaux :
Les principaux défis liés à l’alimentation au postsecondaire sont l’abordabilité de l’offre alimentaire, le manque de temps, le fait de manger seul(e) ou de sauter des repas, les connaissances, habiletés et littératie alimentaire inégales et le manque d’équipements pour cuisiner.
« [Je n’ai] pas eu l'impression d'avoir le temps de m'inscrire à une activité avec les études et [je n’ai] pas croisé de kiosque sur mon chemin à l'école. » (Femme, 18 à 24 ans, à l’université)
La stigmatisation de l’insécurité alimentaire et le manque de connaissance des aides disponibles sont des problèmes à adresser.
« C’est trop loin de chez moi, et je ne veux pas avoir l’air fauché(e). » (Personne non-binaire, 18 à 24 ans, au collégial)
« Je pense que certaines personnes en ont plus besoin que moi. » (Femme, 18 à 24 ans, à l'université)
« Je me dis que je peux endurer, j’ai un peu de difficultés à prendre soin de moi. » (Femme, 18 à 24 ans, au collégial)
Les étudiant(e)s manifestent un désir d’autonomie en privilégiant des solutions accessibles, moins stigmatisantes et intégrées à leur milieu de vie, comme les frigos et garde-manger communautaires, les cafés ou épiceries à tarification solidaire.
Les interventions en littératie alimentaire apparaissent moins populaires, mais présentent un potentiel de valeur ajoutée en renforçant des solutions structurantes d’aide alimentaire sur les campus.
Chiffres clés & faits saillants
Un accès précaire : 33 % des étudiant(e)s rapportent avoir connu soit un accès limité aux aliments souhaités, soit un manque de nourriture au cours de la dernière année (chiffre de l’étude de l’UEQ et la FECQ, 2024).
Une crise bien réelle : 20% des personnes qui manquent de nourriture déclarent sauter des repas.
Le silence de la faim : Parmi les personnes ayant indiqué manquer parfois ou souvent de nourriture dans les 12 derniers mois, la moitié n’a jamais eu recours à de l’aide alimentaire.
Des “frigos-partage” souvent vides : Bien que les frigos communautaires soient l'aide la plus connue (43 % au collégial), ils sont souvent victimes de leur succès et se vident trop rapidement.
Le coût comme barrière : Pour ceux et celles jugeant leur alimentation « passable » ou « mauvaise », le prix élevé de la nourriture est l'un des principaux obstacles cités.
Un manque d'outils : Seulement 24 % des étudiant(e)s qui déclarent manquer de nourriture possèdent l'équipement nécessaire pour cuisiner des repas élaborés.
[ZOOM SUR] La vulnérabilité accrue des étudiant(e)s internationaux(ales)
Cette partie de la population étudiante présente une probabilité significativement plus élevée de vivre une forme d'insuffisance alimentaire par rapport à l'ensemble des répondants :
Un accès limité aux aliments : Seulement 27 % d'entre eux/elles déclarent avoir assez de types d’aliments souhaités, contre 49 % pour l'échantillon total.
Des barrières matérielles : Moins d'un tiers (28 %) possède l'équipement nécessaire pour cuisiner des repas élaborés, et 56 % souhaiteraient être mieux équipés pour le faire.
Un réseau de soutien restreint : Ils bénéficient nettement moins de l'aide de leurs parents pour l'alimentation (17 %) comparativement à la moyenne globale (50 %).
Des solutions ciblées : Pour s'en sortir, ils favorisent davantage les banques alimentaires (24 %), les frigos communautaires (26 %) et les applications de rabais (49 %).
« Les épiceries sont rendues chères et en tant qu’étudiante internationale, j’ai une limite d’heure que je peux travailler par semaine. » (Femme, 18 à 24 ans, au collégial)
Il est indispensable d’intervenir davantage et de manière appropriée dans les milieux collégiaux et universitaires pour favoriser une alimentation nutritive, abordable, écoresponsable et culturellement adaptée pour tous et toutes. Impliquer davantage et selon les capacités des étudiant(e)s dans la conception et la mise en place d’activités de sensibilisation et de mobilisation, des initiatives structurantes ou des aides alimentaires peut avoir des répercussions positives sur l’ensemble de cette communauté.
Recommandations
L’insécurité alimentaire étudiante au Québec ne relève pas d’un déficit individuel, mais d’un déséquilibre structurel profond et largement invisible. Il s’agit fondamentalement d’un enjeu économique ancré dans l’insuffisance des revenus, la précarité et l’augmentation des coûts de la vie, dont la résolution ne peut reposer que sur les jeunes eux-mêmes.
Il est nécessaire de mobiliser l’ensemble des milieux étudiant, alimentaire et politique pour que les étudiant(e)s soient en mesure de manger à leur faim, sans compromis sur leur réussite académique, leur santé, l’environnement et surtout selon leur budget.
Ce que les étudiant(e)s demandent
Avant tout, les jeunes au postsecondaire demandent une offre alimentaire plus abordable sur les campus et hors campus. C’est la solution la plus spontanément citée par ceux-ci. Le rapport souligne une préférence pour des solutions moins stigmatisantes et favorisant l’autonomie :
- des services alimentaires et des épiceries à tarifs adaptés à leurs budgets limités;
- une meilleure qualité de l’offre alimentaire sur les campus;
- des repas gratuits à l’occasion et des rabais étudiants offerts à toutes et tous.
Par ailleurs, les actions visant à outiller les étudiant(e)s pour réduire les dépenses d’épicerie et adopter une alimentation nutritive, abordable et écoresponsable constituent un complément pertinent aux actions plus structurantes.
Ce que les associations étudiantes peuvent faire
Malgré les défis rencontrés par les associations étudiantes, comme le manque de ressources budgétaires, la rotation fréquente des ressources humaines, le manque de connaissances ou encore les règlements internes des établissements complexes, beaucoup souhaitent tout de même concrétiser des initiatives bénéfiques sur les campus. Des actions collectives pérennes et structurantes pourraient en effet être mises en place, améliorées, amplifiées ou multipliées en collaboration avec les étudiant(e)s afin de mieux répondre aux besoins identifiés :
- Des dispositifs tels que des frigos-partage et garde-manger communautaires, ainsi que des cafés ou épiceries à tarif solidaire pourraient être mis en place ou améliorés en collaboration avec les étudiant(e)s afin de mieux répondre aux besoins identifiés;
- Les milieux étudiants bénéficieraient d’une meilleure sensibilisation sur les aides disponibles et les associations étudiantes pourraient jouer un rôle d’aiguillage vers celles-ci;
- Bien que moins fréquemment mentionnées, les initiatives favorisant le « manger ensemble » et la réduction de l’isolement social sont nécessaires et devraient être explorées avec les étudiant(e)s. Des efforts additionnels pourraient être requis pour mobiliser autour de ces solutions;
- Un soutien particulier devrait être apporté pendant la période des examens car les étudiant(e)s ont moins de temps à consacrer à leur alimentation;
- Rejoindre une communauté de pratique permettrait des retours d'expérience lors de la mise en place de solutions collectives et se concerter pour parler d’une même voix auprès des décideur(euse)s;
Par ailleurs, les associations étudiantes peuvent jouer un rôle moteur dans la littératie alimentaire sur les campus. Elles peuvent co-organiser des kiosques, des ateliers ou des activités de promotion sur les thèmes de l'alimentation nutritive, écoresponsable, abordable et culturellement adaptée.
Ces initiatives peuvent être d’autant plus pérennes si elles s’inscrivent dans une dynamique de collaboration avec les administrations collégiales et universitaires. Ces actions gagnent également à être soutenues par des organisations externes capables d'apporter les outils, les contenus et l'expertise nécessaires.
Prochaines étapes
Pour Équiterre et ses partenaires, ce rapport marque le début d'un chantier nécessaire. Les recommandations des étudiant(e)s nous orientent vers des solutions qui respectent leur autonomie et leur dignité :
Agir sur les campus en partenariat avec les associations étudiantes : en favorisant l'accès à une offre alimentaire abordable.
Briser l'isolement : en soutenant des initiatives qui encouragent le « manger ensemble » et l'entraide communautaire.
Porter la voix des jeunes : en sensibilisant les décideur(euse)s politiques à l'importance d'intégrer la population étudiante dans les politiques de sécurité alimentaire.
Concrètement, Équiterre va travailler en collaboration avec les associations étudiantes à :
Déployer une campagne de communication numérique à l’intention des étudiant(e)s afin de les sensibiliser, les outiller et mieux connaître les ressources à leur portée;
Accompagner plus étroitement les associations étudiantes de 12 campus des milieux collégial et universitaire pour mobiliser l’ensemble de la communauté étudiante à mettre en oeuvre des activités afin d’augmenter les connaissances et l’accès à une alimentation nutritive, écoresponsable et culturellement adaptée;
Partager et faire connaître les initiatives d’aides alimentaires étudiantes afin que celles-ci perdurent, s’améliorent, prennent de l’ampleur mais également se multiplient sur un plus grand nombre de campus à travers des outils de partage;
Accompagner les jeunes à travers une communauté de pratique pour amplifier leur voix et proposer des solutions sociétales.
L'alimentation ne devrait jamais être un obstacle à la réussite scolaire. Ensemble, mobilisons-nous pour que chaque étudiant(e) puisse se nourrir de façon nutritive, abordable, écoresponsable et culturellement adaptée.
Découvrez les données détaillées de cette consultation menée auprès de 667 étudiant(e)s à travers le Québec
Consulter le rapport completÉquiterre tient à remercier les partenaires du projet, mais également un grand nombre d’organisations et de collaborateurs qui ont enrichi cette consultation et aidé à sa promotion.
Organisations
Banques alimentaires du Québec (BAQ)
Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA)
Centre NUTRISS - Université Laval
Chaire de recherche du Canada sur les inégalités en nutrition et santé (CIENS)
Collectif Vital
Comité d'éthique de la recherche, Cégep du Vieux-Montréal
Environnement Jeunesse
Groupe de recherche Territoires et systèmes alimentaires du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales, les discriminations et les pratiques alternative des citoyenneté (CREMIS)
Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) - Université Laval
Regroupement des cuisines collectives du Québec
Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ)
Partenaires
Mobilisation étudiante pour Bien manger, bon marché est un projet d’Équiterre, en collaboration avec la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et l’Union étudiante du Québec (UEQ).
Ce projet est rendu possible grâce au soutien financier de la Fondation Dufresne & Gauthier ainsi que du gouvernement du Québec dans le cadre du Plan d’action jeunesse 2025-2030, coordonné par le Secrétariat à la Jeunesse.

