La guerre au Moyen-Orient et la flambée des prix du pétrole qui en résulte imposent des changements radicaux. Ces changements sont là pour rester : après le passage aux énergies renouvelables, il n’y aura pas de retour en arrière – même lorsque le détroit d'Ormuz sera rouvert. Personne ne veut subir le prochain choc des prix. Grand scoop pour vous : il est inévitable.
Partout à travers le monde, les marchés se positionnent et transitionent vers les énergies renouvelables. L’Europe et l’Asie développent à grande vitesse des projets leur permettant de s’affranchir du pétrole et de ses prix qui s’affolent. Ces virages drastiques ont un autre point commun : les politiciens et les médias canadiens les ont ignorés. Pourtant, Mark Carney parlait à Davos d’un Canada fort, souverain, qui aspirait à devenir une superpuissance énergétique. Force est de constater qu’il ne mise pas sur les bonnes sources d’énergie et que les Canadiens et Canadiennes en seront les perdants.
Aux Philippines, la construction d'un projet d'énergie solaire de 300 millions de dollars et d'une puissance de 440 MW débutait – là où le gouvernement a déclaré l'état d'urgence énergétique national et accéléré la mise en œuvre de 13 autres projets solaires et éoliens, de six projets hydroélectriques et d'un système intégré de stockage d'énergie renouvelable.
De son côté, l'Union européenne vient de lancer 22 mesures misant sur les énergies propres comme moyen d'assurer la sécurité énergétique.
En Corée du Sud, le président Lee Jae Myung est catégorique : « notre avenir sera gravement menacé si nous continuons à dépendre des énergies fossiles. »
On fait quoi au Canada?
« Pipelines, terminaux de GNL, oléoducs! », voilà tout ce que le fédéral propose comme solutions à la crise. Aussi aberrant que cela puisse paraître, Ottawa continue d'accorder plus de 30 milliards en subventions aux entreprises pétrogazières. 30 milliards.
Carney nous dit qu’il faut développer les marchés asiatiques pour prospérer économiquement en dehors de notre relation avec les États-Unis…des marchés qui sont déjà passés à autre chose. La course aux énergies fossiles contre Trump est perdue d’avance. On s’accroche à l’argument superficiel selon lequel le Canada est un fournisseur fiable dans un monde chaotique, mais le Canada ne fixe pas les prix.
Il faut s’ouvrir les yeux
Dans les trois dernières éditions de son rapport « Energy Security Scenarios » (2023, 2025, 2026), le géant européen Shell prévoit que la demande mondiale de pétrole atteindra son pic au cours de la prochaine décennie et entamera un déclin permanent, quel que soit le scénario envisagé. Se détourner des énergies fossiles, c’est l’évidence.
Le Canada risque de commettre une grave erreur stratégique. L’avenir qui se dessine en est un où nous serons en marge de l'économie mondiale. Les fonds publics ne devraient pas servir à subventionner des infrastructures pétrolières et gazières qui deviendront des actifs dévalorisés. Le gouvernement du Canada devrait se concentrer sur ce qui est le mieux pour sa population : réduire sa dépendance aux énergies fossiles et la protéger des chocs à venir.
Les Canadiens et Canadiennes ont besoin que notre Premier ministre comprenne l'ampleur et l'urgence du défi que représente l'électrification du pays. Nous devons suivre le rythme de la transition énergétique mondiale, sans quoi, le Canada ne se sortira jamais de la crise énergétique.
Cette lettre a initialement été publiée en anglais dans le Globe and Mail le 3 juin 2026
Elle a été cosignée par notre directeur général Daniel Rotman, mais aussi par les organisations suivantes :
Chris Severson-Baker, Pembina Institute; Tim Gray, Environmental Defence; Patricia Fuller, International Institute for Sustainable Development.