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Opinion  •  3 min

Tous les indicateurs sociaux et environnementaux dans le rouge

Daniel Rotman

Directeur général

Publié le 

À l’approche du Jour de la Terre, le 22 avril, de nombreuses associations lancent un appel à l’action.

« Le climat mondial est en état d’urgence. La Terre est poussée au-delà de ses limites. Tous les indicateurs climatiques clés sont dans le rouge », nous avertit le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Les messages répétés du secrétaire général glacent le sang. Et pourtant, ils se perdent sous le bruit des bombes et des injonctions à poursuivre la course effrénée de l’économie de croissance qui pousse à l’épuisement.

Climat déréglé, crises du logement et du coût de la vie, affaiblissement de notre état de droit et de notre démocratie : nos sociétés sont confrontées à une polycrise dont les effets convergent pour se démultiplier. Le modèle de croissance économique hérité du XXe siècle n’est plus viable.

S’ajoute à ces enjeux celui des inégalités qui contribuent non seulement à la dégradation du tissu social, mais à la crise climatique. « L’accroissement des inégalités de revenu au profit des plus riches contribue à l’augmentation des émissions de CO2. » C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les chercheurs Nicolas Viens et Andrew Jorgenson1 après avoir examiné l’évolution des revenus et des émissions de carbone au Canada entre 1997 et 2020. Ils ajoutent également que les approches technologiques de grande envergure que privilégient plusieurs décideurs accaparent les fonds publics qui pourraient plutôt être investis dans des projets communautaires plus équitables comme le transport collectif.

Toutes ces crises économique, sociale et environnementale partagent à la base un point commun : des choix politiques, économiques et stratégiques qui perpétuent un système défaillant qui n’arrive plus à subvenir aux besoins essentiels de la population ni à freiner l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

En dépit du consensus de la communauté scientifique internationale qui réclame d’accélérer la sortie des énergies fossiles, nos gouvernements choisissent d’accroître les investissements et le développement de projets dans ce secteur sous prétexte de répondre à des crises géopolitiques. Le dernier en lice, le gazoduc et terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) Marinvest Energy au large de Baie-Comeau se négocie derrière des portes closes afin d’être qualifié de projet d’intérêt national et ainsi contourner certaines lois environnementales. Ce type de projet ne sert en rien notre intérêt collectif.

Nous devons aller au-delà de cette vision passéiste et destructrice et construire une société basée sur les besoins fondamentaux de la population, les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les transports publics, l’agriculture durable, la protection des écosystèmes et de la biodiversité.

Faire converger nos luttes

C’est dans cette perspective qu’aura lieu le grand rassemblement du Jour de la Terre, le samedi 18 avril 2026 à Montréal. Face aux coupes budgétaires qui touchent directement le bien-être et les droits de la population, nous appelons à la convergence de nos luttes pour créer ensemble un plus grand rapport de force et démontrer qu’un autre monde est possible.

Toute réponse sérieuse aux enjeux sociaux et environnementaux doit dès maintenant repenser les assises sur lesquelles sont érigées nos sociétés.

Pour affronter ce qui vient, la population n’a pas besoin de nouveaux pipelines obsolètes avant même d’être construits.

Nous avons besoin de justice et de cohésion sociale à la grandeur du Québec, de mesures fiscales ambitieuses pour remédier à la précarité et aux inégalités ; de projets d’économie sociale audacieux, de programmes de logements abordables, d’accès à une alimentation locale saine, de développement des transports collectifs, d’une économie alternative de réparation, de restauration des services, des biens, des infrastructures comme des écosystèmes. Pour y arriver, il est impératif de renforcer nos institutions démocratiques par une participation active et directe de la population, des scientifiques et des Premières Nations.

Alors que nous voyons circuler sur nos écrans des photos de la Terre prises de l’espace, nous ne pouvons qu’être simultanément ébahis par tant de beauté et animés de cette volonté inébranlable de préserver la vie. Pour le Jour de la Terre, nous lançons un appel à toutes les personnes et organisations animées par les valeurs de solidarité, de justice sociale et d’attachement profond à la Terre afin de nous rejoindre pour défendre tout ce à quoi nous tenons.

Cette lettre ouverte a initialement été publiée dans La Presse le 16 avril 2026

Elle a été cosignée par notre directeur général Daniel Rotman mais aussi par de nombreuses organisations:

France Duquette, Mères au front Montréal ; Shirley Barnea, Écologie populaire ; Francis Waddell, La planète s’invite au parlement ; Olivier Huard, Le vivant se défend ; Noé Damoiseau, Festigrève ; Yolande Henry, Transition écologique La Peche ; Stéphanie Vallée, L’R des centres de femmes du Québec ; André Bélanger, Fondation rivières ; Claudia Fiore-Leduc, Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) ; Clélia Sève, Regroupement des éco-quartiers ; Stéphanie Pelletier, Mères au front ; Sophie-Laurence H. Lauzon et Lise Bizzoni, Réseau des femmes en environnement ; Geneviève Morand, coordination générale par intérim, Front commun pour la transition énergétique ; Rébecca Pétrin, Eau secours ; François Geoffroy, coordonnateur général, Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC) ; Solidarité Gaspésie, Regroupement citoyen ; Normand Léo Beaudet, CAER-Coalition alerte à l’enfouissement RDN/CADT-Coalition action déchets toxiques ; Bruno Detuncq, Regroupement vigilance énergie Québec (RVEQ) ; Jacques Lebleu, Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC) ; Yasmeen Lazaar, secrétaire générale, Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM) ; Marie-Line Audet, directrice générale, Table nationale des corporations de développement communautaire