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Opinion  •  2 min

«Stay in your lane», Doug

Marc-André Viau

Directeur, Relations gouvernementales

maviau@equiterre.org

Monsieur le Premier Ministre Ford, nous avons pris connaissance de vos propos demandant aux Québécois d’affaiblir leur ambition en matière d’électrification de nos véhicules. D’entrée de jeu, précisons que nous n’accordons pas une grande valeur à vos opinions en matière de transport. Pourquoi ?

Parce que vous alliez construire tout un réseau routier dans la ceinture de verdure (la fameuse Greenbelt) pour relier de nouvelles banlieues avant que la police provinciale de l’Ontario et la GRC ne freinent vos ardeurs en déposant des accusations de corruption envers votre gouvernement.

On vous a aussi bien vu fantasmer à l’idée de détruire des voies cyclables qui assurent la sécurité des cyclistes torontois à l’aide d’un projet de loi qui a été jugé anticonstitutionnel par vos propres tribunaux.

Vous souhaitez engloutir des milliards de fonds publics dans un tunnel pour remplacer l’autoroute Gardiner et vous souhaitez amener des jets à l’aéroport Billy Bishop, un geste « visionnaire » pour un aéroport qui deviendra rapidement désuet lorsque le TGV sera finalement construit dans quelques années.

Nous sommes donc plutôt surpris de vous voir demander au Québec de renoncer à l’électrification des véhicules parce que les États-Unis ont fait de même. Et selon vous, cette renonciation serait la preuve qu’on joue dans la même Équipe Canada. Il faudrait nous expliquer pourquoi, selon vous, faire la même chose que les États-Unis est une bonne idée au lieu d’opter pour une stratégie automobile proprement canadienne qui renforcerait notre autonomie.

Il est très légitime d’avoir des préoccupations concernant l’avenir des emplois dans le secteur automobile canadien, un moteur économique important dans le sud de l’Ontario. Dans le secteur automobile, l’avenir est à l’électrique. Si le gouvernement souhaite se prémunir contre la volatilité politique au sud de la frontière et maintenir les emplois, il serait logique de miser sur la production de véhicules alimentés en énergie renouvelable.

Toutefois, les constructeurs nord-américains ont fait leur choix : des véhicules trop gros et trop chers, inadaptés aux budgets de nombreuses familles et qui sont extrêmement vulnérables lors des crises énergétiques fabriquées de toutes pièces par le voisin américain.

Pour quelqu’un qui nous a habitués à des gestes théâtraux pour signifier son opposition à la guerre commerciale, votre aplaventrisme dans ce dossier cache bien mal votre dépendance aux États-Unis et trahit une indignation sélective à l’égard de celle-ci.

Il n’est pas de la responsabilité du Québec de maintenir les mauvais choix de cette industrie arriérée dont les présidents de compagnie ont choisi en décembre dernier d’applaudir aveuglément dans le bureau Ovale l’annonce sur l’abolition des normes pour réduire les émissions polluantes et accroître l’efficacité énergétique. On les met au défi d’aller applaudir la même chose aujourd’hui auprès de leurs concitoyens qui s’appauvrissent dans une station-service quelque part sur le continent…

Nous avons fait, il y a bien longtemps, des choix d’avenir en matière de production énergétique et adopté des politiques qui vont dans le sens de ces choix. Nous ne reviendrons pas en arrière parce que vous êtes prisonnier de vos mauvaises décisions. Nous jugeons cette proposition avec autant de sérieux que si l’Alberta nous demandait de renoncer à la production d’hydroélectricité parce que le président américain préfère le charbon.

Nous pouvons par contre vous aider à mettre en place des politiques de mobilité et d’électrification mieux réfléchies, qui vont répondre aux besoins de votre population, réduire les coûts de la facture de mobilité, en plus d’avoir un effet bénéfique sur l’environnement et la qualité de l’air. Ce serait plus utile que vos conseils non sollicités sur la façon d’être un peu plus comme les États-Unis.

Stay in your lane, Doug.

En l’absence d’une approche réfléchie, nous vous suggérons ce que vous affectionnez particulièrement, un slogan qui se met bien sur une casquette.

Cette lettre a initialement été publiée dans Le Devoir le 23 mars 2026.